Francoprovençal/Arpitan et orthographe
Par francoprovencal.com le lundi 3 août 2009, 22:02 - Lien permanent
L'idée d'une graphie unifiée
nous semble importante pour assurer une bonne diffusabilité des textes en
arpitan dans une zone qui dépasse largement le cadre de la communauté dans
laquelle ils ont été écrit. Cela signifie que des textes écrits en phonétique
dans un patois donné ne sont habituellement pas lus par les locuteurs des
autres dialectes pour des raisons de déchiffrabilité.
Lire un texte phonétique écrit dans un patois qu'on n'a pas l'habitude de lire est un exercice difficile et très fatigant, et généralement on arrête de lire ce genre de textes après quelques paragraphes. La raison de cette fatigue intense en est simple: pour déchiffrer le sens d'un texte en phonétique, on fait intervenir la zone de l'oralité du cerveau, et que pour lire de manière fluide, c'est la zone du langage écrit qui intervient. Les mots sont mémorisés de manière photographique dans la zone du langage écrit, et c'est pour ça qu'il est important qu'un texte respecte certains code stables pour une majorité des mots qu'il contient - les noms communs, les adjectifs par exemple - pour assurer sa lisibilité au-delà des premiers paragraphes par l'ensemble des locuteurs de la zone. Voir à ce sujet la présentation faite par l'Aliance culturèla arpitana au colloque d'Yvoire de l'Association des Enseignants de Savoyards en avril 2006.
Des mots comme lafé, lassé, et lahél ont tous la même origine étymologique signifiant "lait", et peuvent avantageusement être orthographiés "laçél" par tout le monde, chacun connaissant dans son patois, le code permettant de transcrire en son le mot écrit, tout comme on prononce "mehsieu" quand on lit "monsieur", et non pas "monsieuh re". Dans cet exemple certains prononcent le "l" final, d'autres non, certains sauront que le "ç" est muet dans leur patois, et les autres prononceront naturellement après apprentissage "f" ou "ss" a la lecture du "ç".
Il est évident qu'un graphie unifiée nécessite un apprentissage préalable, alors qu'une graphie phonétique peut être utilisée directement. Mais ceci n'est pas une limitation de la graphie unifiée, puisque cet effort d'apprentissage est en fait un investissement qui permet par la suite d'assurer une plus grande diffusion de textes, et donc une plus grande viabilité de la langue à terme, puisqu'il permet l'édition de livres en grande série, comme des livres scolaires pour ne citer qu'eux.
La graphie unifiée est également primordiale sur internet, pour pouvoir effectuer des recherches par mots clef sur un forum ou un site web, car il est impossible d'essayer toutes les formes orales possibles pour un mot clef lorsqu'on recherche de l'information. Les graphies phonétiques ont leur utilité pour la poésie et pour les anciens qui écrivent en patois et qui n'ont pas le temps, ni l'énergie, ni l'envie d'apprendre une orthographe, mais dès lors que l'on veut assurer la pérénnité d'une langue qui n'est plus réellement pratiquée dans toutes les situations de la vie quotidienne, il devient nécessaire de l'enseigner en classe et que l'intercompréhensibilité à l'écrit dépasse le cadre étroit de la région, du village, ou de la famille, pour s'étendre aux quelques dizaines de milliers de locuteurs actifs. Il est donc nécessaire d'enseigner aux enfants dans les cours de patois une graphie qui leur permettra de ne plus limiter l'usage de la langue de leurs aïeux à leur seul entourage proche.
C'est donc dans l'idée de contribuer à assurer la pérénnité de la langue arpitane que l'association Aliance culturèla arpitanna mène des actions médiatiques en langue arpitane et promeut l'idée d'une graphie supradialectale.
Les langues romanes en Europe.
Le latin était la langue parlée par la population de l'Empire romain. Elle était la langue du droit, de l'administration romaine, de l'armée et des nombreuses colonies romaines. Pendant des siècles le latin fut la langue savante et la langue de l'Église catholique romaine. Plusieurs langues européennes dérivent directement du latin, ce sont les langues romanes comme le catalan, l'espagnol, le français, l'italien, le portugais, l'occitan, le romanche, le roumain et... l'arpitan. Beaucoup de ces langues se sont depuis, à la base du latin, codifiées sous la conduite de la politique et des académies, pour former une orthographe officielle. Mais.. osez vous confronter à l'intercompréhension entre langues romanes, vous serez surpris de ce que vous êtes capables de comprendre ! Car malgré les différences de prononciation et de graphie, grâce à leur fond commun (le latin) une intercompréhension reste possible.
Quant à l'arpitan (autrefois francoprovençal), on a tenté longtemps de résoudre le problème au niveau de chaque « patois », en adoptant des graphies strictement phonétiques et locales. Cela empêchait l'intercompréhension écrite. Pour résoudre ce problème, en 1998 le Dr Dominich Stich a inventée l'Orthographe de Référence. Cette graphie a été fortement soutenue par l'Alliance culturelle arpitane et a été adoptée par plusieurs « patoisants », pour écrire des textes courants dans les journaux, sur internet et les publications à public non spécialisé.
Il s'agit d'une orthographe "supradialectale" dans laquelle on écrit plus de choses que ce qu'on entend, comme dans la plupart des langues européenne. Elle permet à chaque locuteur de lire tout en prononçant à la manière de son village. Un peu comme si on avait en français, une personne qui parle en québequois, l'autre en français belge et un autre en français de Rhône-Alpes, mais ils pratiquent pourtant tous la même graphie. Elle permet aussi aux non-arpitans de s'initier à la langue régionale, grâce aux liens avec les orthographes des autres langues latines. Cette orthographe supradialectale ne prétend pas imposer une langue artificielle commune: c'est seulement une notation qui convient à tous les dialectes arpitans. Pour se rapprocher du dialecte local, l'Orthographe de Référence propose sa « graphie serrée ». Cette graphie serrée apporte une touche spécifique à son parler local, à son village, en modifiant légèrement l'orthographe supradialectale. Comme dans toutes les langues développées, les mots se trouvent dans des dictionnaires, conformes selon l'Orthographe de Référence.
Cette Orthographe de Référence peut évoluer dans ses formes, car elle reste encore aujourd'hui perfectible. Après l'Orthographe de Référence autrefois appelée A (O.R.A.), et quelques améliorations, on utilise aujourd'hui une appellation B (O.R.B.). Cela pourrait aboutir à une O.R.C. issue de l'usage de l'ORB, car de plus en plus de gens en découvrent l'intérêt.
Aujourd'hui, ont été traduites plusieurs bandes dessinées (comme les Aventures de Tintin) en arpitan et l'Orthographe de Référence est adoptée par nombre de patoisants sur internet venant de la France, de l'Italie ou la Suisse. Ils communiquent tous dans cette graphie simple, par exemple sur les forums de discussion ou les réseaux sociaux.
