L'idée d'une graphie unifiée
nous semble importante pour assurer une bonne diffusabilité des textes en
arpitan dans une zone qui dépasse largement le cadre de la communauté dans
laquelle ils ont été écrit. Cela signifie que des textes écrits en phonétique
dans un patois donné ne sont habituellement pas lus par les locuteurs des
autres dialectes pour des raisons de déchiffrabilité.
Lire un texte phonétique écrit dans un patois qu'on n'a pas l'habitude de
lire est un exercice difficile et très fatigant, et généralement on arrête de
lire ce genre de textes après quelques paragraphes. La raison de cette fatigue
intense en est simple: pour déchiffrer le sens d'un texte en phonétique, on
fait intervenir la zone de l'oralité du cerveau, et que pour lire de manière
fluide, c'est la zone du langage écrit qui intervient. Les mots sont mémorisés
de manière photographique dans la zone du langage écrit, et c'est pour ça qu'il
est important qu'un texte respecte certains code stables pour une majorité des
mots qu'il contient - les noms communs, les adjectifs par exemple - pour
assurer sa lisibilité au-delà des premiers paragraphes par l'ensemble des
locuteurs de la zone. Voir à ce sujet la présentation faite par l'Aliance
culturèla arpitana au colloque d'Yvoire de
l'Association des Enseignants de Savoyards en avril 2006.
Des mots comme lafé, lassé, et lahél ont tous la même origine étymologique
signifiant "lait", et peuvent avantageusement être orthographiés "laçél" par
tout le monde, chacun connaissant dans son patois, le code permettant de
transcrire en son le mot écrit, tout comme on prononce "mehsieu" quand on lit
"monsieur", et non pas "monsieuh re". Dans cet exemple certains prononcent le
"l" final, d'autres non, certains sauront que le "ç" est muet dans leur patois,
et les autres prononceront naturellement après apprentissage "f" ou "ss" a la
lecture du "ç".
Il est évident qu'un graphie unifiée nécessite un apprentissage préalable,
alors qu'une graphie phonétique peut être utilisée directement. Mais ceci n'est
pas une limitation de la graphie unifiée, puisque cet effort d'apprentissage
est en fait un investissement qui permet par la suite d'assurer une plus grande
diffusion de textes, et donc une plus grande viabilité de la langue à terme,
puisqu'il permet l'édition de livres en grande série, comme des livres
scolaires pour ne citer qu'eux.
La graphie unifiée est également primordiale sur internet, pour pouvoir
effectuer des recherches par mots clef sur un forum ou un site web, car il est
impossible d'essayer toutes les formes orales possibles pour un mot clef
lorsqu'on recherche de l'information. Les graphies phonétiques ont leur utilité
pour la poésie et pour les anciens qui écrivent en patois et qui n'ont pas le
temps, ni l'énergie, ni l'envie d'apprendre une orthographe, mais dès lors que
l'on veut assurer la pérénnité d'une langue qui n'est plus réellement pratiquée
dans toutes les situations de la vie quotidienne, il devient nécessaire de
l'enseigner en classe et que l'intercompréhensibilité à l'écrit dépasse le
cadre étroit de la région, du village, ou de la famille, pour s'étendre aux
quelques dizaines de milliers de locuteurs actifs. Il est donc nécessaire
d'enseigner aux enfants dans les cours de patois une graphie qui leur permettra
de ne plus limiter l'usage de la langue de leurs aïeux à leur seul entourage
proche.
C'est donc dans l'idée de contribuer à assurer la pérénnité de la langue
arpitane que l'association Aliance culturèla arpitanna mène des actions
médiatiques en langue arpitane et promeut l'idée d'une graphie
supradialectale.

Les langues romanes en Europe.